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du CENTRE 72

3 février 2021

Des nouvelles de l’atelier BD de Ambroise Pouvereau

Depuis maintenant deux ans, se tiennent tous les mercredi des cours de bande-dessinée qui accueillent une diversité d’âges et de profils, d’aspirations et de niveaux. Dès 17h30, les élèves sont courbés et concentrés sur leur feuille à dessin, tous mus par la volonté d’apprendre tout en s’amusant et découvrant, ingénus et surpris, la suite de leurs petits progrès.

Certains arrivent avec une simple envie de se former en dessin, de maitriser anatomie, construction de personnages, perspective, ombres et lumières. D’autres portent en eux-mêmes le rêve immense et confus d’une histoire à coucher sur le papier, un grand dessein, un récit rempli de bruit et de fureur ou un feu d’artifice humoristique.

De l’idée à la réalisation, un long trajet.

Les châteaux dans le ciel se construisent briques par briques, la route de ces démiurges en herbe se construit pas à pas. Assouplissant leur trait, traçant avec exactitude leurs cases et chatouillant du crayon leurs personnages, les élèves écoutent quelques conseils planer au-dessus d’eux : « Dessiner toujours sans appuyer, vous gommerez ainsi plus facilement, aucun trait n’est gravé dans le marbre, ne vous attendez pas tout de suite à l’excellence ! Le mieux est l’ennemi du bien. »

Ainsi résonnent les paroles du professeur, autant de conseils en forme de graines, inlassablement semées. Le silence retombe sur l’assemblée, mais les feuilles fourmillent de lignes entrecroisées, d’échafaudages, de repentirs et de croquis. Le dessin s’apparente à un sport. Exercices d’assouplissements du poignet vers la recherche du « cercle parfait », dextérité à crayonner des formes géométriques simples permettant de tout dessiner, servant de matrices à la profusion des formes que nous offre la nature et endurance d’un coureur de fond. Un appel sentencieux rompt à nouveau le silence :

« Luttez contre la tendance à dessiner des lignes trop droites et rigides. Pas de lignes droites dans la nature, uniquement des courbes ! ». Penché sur les travaux des uns et des autres, je rectifie une ligne tombée, redresse un profil, assure un cerne maladroit, enfle un contour ou réagence un amas hasardeux d’éléments trop fragiles, rappelant au passage les immuables règles de la composition. Les élèves apprécient ces corrections et ces suggestions hâtivement et vivement indiquées sur le papier. La transmission se fait magnétique, l’exemple immédiat, la volonté de dépasser le maitre tapie au fond des volontés, revivifiant les mains qui grattent frénétiquement le papier.

Parfois je leur montre des dessins personnels ayant nécessité un long travail, exemples de précision et de rigueur. Cet exercice d’admiration leur donne des ailes, leur montre un chemin possible en fouettant leur orgueil, ils font immédiatement le lien entre l’image qu’ils ont l’habitude de voir imprimée, lointaine, appartenant à un autre monde et le dessin venu d’une personne qu’ils connaissent et côtoient : le professeur qui leur dessine avec complaisance des modèles et des clefs pour qu’ils deviennent autonomes.  » Être dessinateur c’est d’abord être observateur, aiguisons notre œil autant que possible ». Certains me disent avoir observé une semaine entière avec une nouvelle acuité tel élément qu’ils ont tout nouvellement appris à dessiner, sourcils, oreille ou chaussures.

Mieux dessiner c’est déjà mieux voir et peut-être mieux contempler. Apprécier la beauté et la singularité de chaque chose. » Dessinez votre main gauche comme si vous la voyiez pour la première fois et étudiez-la en scientifiques passionnés, ses proportions, ses limites d’extension, ses bizarreries redécouvertes car jamais interrogées ». Un élève lance  » Monsieur, depuis combien de temps dessinez-vous ? »  » Depuis toujours et pour toujours ! ». Comme tout l’art, il est recommandé de pratiquer quotidiennement, les progrès sont alors rapides et motivants, la lucidité des étapes suivantes rendue plus claire tandis l’on recueille bien entendu les suffrages de ses pairs, toujours plaisants. Une saine émulation nait dans les petits groupes et porte les apprenants. Au-delà du dessin, certains reconnaissent que cela est une école de la persévérance, de la patience, de la précision. La bande-dessinée consiste aussi à donner des formes précises à son imaginaire, à traduire ses idées en formes mais également rationaliser, universaliser ses loufoqueries et apporter de la fantaisie à des récits trop convenus.

Sortis du cours, ils gardent dans un coin de leur tête leur projet qui mûrit lentement et les transforme progressivement en esprits créatifs et esthètes.


Activité associée :

  • Bandes dessinées

    Mangas, comics, BD belge… Plongez dans le « neuvième art » Un atelier de réalisation de bandes dessinées, initiation ou perfectionnement, pour…

    mercredi de 17h30 à 19h

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